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Vulnérabilités résidentielles et agentivités

Depuis plusieurs années, les recherches sur les vulnérabilités résidentielles ne cessent de se renouveler dans un contexte marqué par l’accentuation des inégalités socio-économiques, territoriales et environnementales. La dernière décennie a notamment été marquée par une interrogation sur l’essor de l’urbanisation généralisée de la planète, la conscience de l’anthropocène, du changement climatique, de la pollution, des atteintes au vivant, de la destruction des milieux, dans tous les pays. Au premier rang des conséquences de l’ensemble de ces bouleversements planétaires, la question migratoire est d’autant plus importante qu’elle permet d’interroger les réponses à un phénomène dont nous vivons les prémices et qui n’aura de cesse de se développer. Les populations vulnérables et vulnérabilisées par leur parcours migratoire peuplent déjà nos villes et nous enjoignent à interroger la géographie et la sociologie de l’accueil et du non-accueil des exilés comme de l’effet des politiques migratoires actuelles sur la production et la complexification des vulnérabilités résidentielles.

En ce sens, les travaux de chercheur·euses de l’atelier vulnérabilités résidentielles du REHAL (Bouillon et al. ; Roudil 2015 ; Girard et Mésini, 2022) ont montré que, plutôt que d’entraver la capacité d’agir des acteur·rices, ces contraintes peuvent être un facteur d’inventitivité, d’agentivité et d’adaptation, mettant en débat l’articulation entre vulnérabilité et manque de capacitation (Azevedo, 2024). Les stratégies et tactiques déployées montrent autant d’arts de faire (de Certeau, 1990), de compétences (Berry-Chikhaoui et Deboulet, 2001) instruites, formées et informées par l’expérience (Roudil 2015 ; Bouillon 2009, Bony, Guérin et Mésini, 2024). C’est pourquoi notre objectif est de penser les vulnérabilités résidentielles au prisme de la capacité d’agir des habitant·es qui y sont confronté·es, qui les pratiquent au quotidien.

La programmation pour les années 2025-2027 est imaginée au croisement plusieurs entrées :

  • 1/ nous privilégierons une approche par leshabitant·es, en portant notamment une attention particulière aux vulnérabilités résidentielles et capacités d’agir à partir d’une approche expérientielle, relationnelle et intersectionnelle, mobilisant les notions de genre, de classe, de race, d’âge, de handicaps, d’isolement…
  • 2/ les travaux mettront au jour les habitant·es en situation de migration, d’accueil (asile ou protection humanitaire) ou de sans-abrisme, en portant la focale sur l’ampleur du mal-logement, sur les diverses formes de précarité, sur les discriminations dans l’accès aux logements et sur l’incapacité des politiques publiques à répondre aux besoins (ex. le sous-dimensionnement des places d’accueil pour les personnes non hébergées ou à la rue). Dans le contexte des déplacements migratoires, il s’agit aussi de considérer les vulnérabilités résidentielles à partir des situations des migrant.es sans droit à la ville. Leur expérience urbaine est placée sous une forte contrainte, une insécurité sociale, juridique, administrative et économique totale et parfois vitale. Quels vont être les effets sur ces populations des mesures anti-migrant.es sous couvert de déploiement des politiques migratoires ? Comment les acteurs territoriaux se mobilisent-ils dans un contexte national qui leur délègue souvent l’accueil de ces populations très vulnérabilisées par leur parcours d’exil ?
  • 3/ nous interrogerons les effets/méfaits des politiques néolibérales de transformation des villes, des campagnes, des littoraux, des forêts, qui démultiplient les causes de vulnérabilités résidentielles. Pour ce faire, nous nous focalisons sur l’étude des mobilisations citoyennes, des attachements aux lieux, des engagements dans des causes pour adapter les habitats individuels et les logements collectifs. Les mobilisations contre les « Jeux » ou l’airbnbsation du monde sont appréhendées sous l’angle de leurs effets spatiaux, sociaux, économiques, architecturaux…, selon les modalités des engagements politiques qu’ils suscitent, des revendications qu’ils formalisent, des individus et des collectifs citoyens qu’ils agrègent. Un focus portera également sur l’émergence des mouvements de justice attachés aux questions énergétiques.
  • 4/ l’attention portée aux environnements pluriels, tenant compte des rapports entre humains et non-humains dans l’espace et dans le temps. Les risques environnementaux, les atteintes et les dommages aux espèces, espaces et ressources, la concurrence entre territoires et la segmentation spatiale, l’effondrement de la biodiversité, le réchauffement climatique et la montée des eaux… sont au cœur de la vulnérabilisation des sociétés. Les récentes catastrophes interpellent sur l’ampleur du mal-logement, sur les nouvelles formes de précarité (tels que des déplacements de population par exemple) et sur l’incapacité des politiques publiques à répondre aux besoins. Dans les espaces et les sociétés, elles questionnent l’émergence de nouvelles formes de vulnérabilités, des territoires, des logements, des municipalités jusqu’aux individu·es.
  • 5/ Comme précédemment, un autre enjeu de l’atelier est d’articuler la question du mal-logement, celle de l’habitat non-réglementaire (informel) et celle de l’habitat spontané en créant un espace d’échange et de dialogue entre chercheur·euses travaillant sur et venant de pays des Nords et des Suds. Nous souhaitons également mettre en débat les notions d’habitat spontané, informel, régulé et/ou adapté en cas de crises plurielles – typhon, irruption volcanique, guerre, pandémie, sécheresse, excès de pluie…- qui induisent les déplacements de population, qui fabriquent l’illégalisme des statuts d’occupation, et qui illustrent la défaillance des politiques publiques. En contrepoint, les alternatives, les mobilisations et les résistances, etc. méritent d’être contextualisées, analysées, confrontées. Quels vocabulaires locaux (cf. Bondaz et al. 2014) mais aussi pratiques, quelles techniques et quelles politiques d’éradication du mal-logement émergent ?
  • 6/ Que peut le droit ? Quelles garantie et application de droits inconditionnels et opposables : au logement, à l’hébergement, à la mise à l’abri ? Aux vulnérabilités résidentielles correspondent souvent des situations de logements, hébergements et abritements de personnes, pauvres, malades, isolées, en situation précaire. Qu’en est-il de l’évolution de législations, des politiques publiques et des outils opérationnels, notamment ceux visant à baisser les coûts de la construction en dissociant l’accession à la propriété et le portage du foncier, à travers le bail réel solidaire, les organismes de foncier solidaire (OFS) ou encore l’intermédiation locative sociale ? Quelle effectivité de la lutte contre la vacance et quelle application des taxes visant à la juguler (8,2 % du parc total de logements, selon la dernière estimation publiée par l’INSEE en 2023) ? En contexte de « zéro artificialisation nette », quelle actualité des habitats mobiles et démontables (reconnus par la loi ALUR 2014), mais aussi des logements auto-écoconstruits, dans une perspective de sobriété, d’écologie, de non artificialisation et de réversibilité ?

 

Bibliographie

Bondaz, Julien, Graezer Bideau, Florence, Isnart, Cyril et Leblon, Anaïs, Les Vocabulaires locaux du « patrimoine ». Traductions, négociations et transformations. Zurich et Berlin, Lit Verlag, 2014.

Bony, Lucie, Guérin, Laura et Mésini, Béatrice, Habiter, se loger et s’abriter : le pouvoir d’agir, Paris, L’Harmattan, 2024.

Bouillon, Florence, Deboulet, Agnès, Dietrich-Ragon, Pascale, Fijalkow, Yankel et Roudil, Nadine, « les vulnérabilités résidentielles en question », Métropolitiques, 2015, https://metropolitiques.eu/Les-vulnerabilites-residentielles.html

Bouillon, Florence, Les mondes du squat : Productions d’un habitat illégal et compétences des citadins disqualifiés. Presses Universitaires de France, 2009. https://doi.org/10.3917/puf.bouil.2009.01.

Certeau, Michel de, L’Invention du quotidien t.I, Arts de faire Paris Gallimard 1990

Girard, Muriel et Mésini Béatrice, éCoHabiter des environnements pluriels, Marseille, éditions Imbernon, 2022.

Roudil Nadine, « La vulnérabilité sociale au défi des savoirs d’usage habitant : les pratiques énergétiques des ménages pauvres vivant en habitat social », Annales de la recherche urbaine, 110, dossier Villes et vulnérabilités, vulnérabilité des choses, vulnérabilité des gens, 2015, p. 88-107.

Coordination :

  • Margot Bergerand : margot_bergerand[at]yahoo.fr
  • Muriel Girard : muriel.girard[at]marseille.archi.fr
  • Béatrice Mésini : beatrice.mesini[at]univ-amu.fr
  • Nadine Roudil : nadine.roudil[at]paris-valdeseine.archi.fr

Le Carnet Hypothèses de l’atelier : https://vulres.hypotheses.org/

Plus d’informations sur les activités de l’atelier “Vulnérabilités résidentielles et agentivités”